INSIDE MAN
de Spike Lee
collège et lycée

Etats-Unis . 2005 . 2h10. couleur . VOSTF

avec Denzel Washington, Jodie Foster, Clive Owen

Ce devait être le hold-up parfait, le chef-d’œuvre d’un génie du crime. Le décor : une grande banque de Manhattan. Les protagonistes : un commando masqué, cagoulé, lunetté et des dizaines d’otages affolés, contraints de revêtir la même combinaison passe-partout que les braqueurs. L’enjeu : la salle des coffres et ses trésors ? Ou un vieux secret dont seuls deux personnes connaissent l’importance. Aujourd’hui, confiné dans une cellule, le cerveau de la bande s’explique… © Paramount
Spike Lee est l’un des réalisateurs, scénaristes, acteurs et producteurs les plus engagés et les plus actifs du cinéma américain. Son style pamphlétaire, marqué par une vision sans compromis de la société américaine, a souvent été au service de réflexions sur les questions de la mixité et des violences raciales (cf Do The Right Thing en 1989 et Malcolm X en 1992). Et si Spike Lee s’attaque cette fois ci à un film de genre tout hollywoodien (le hold-up), mené tambour battant dans un montage en flash-back très séré, ce n’est pas seulement pour le plaisir du jeu, des faux-semblants et du trompe-l’œil. Car Inside Man tourne progressivement au portrait de la société new-yorkaise actuelle, et scrute son mal-être post-11 septembre, son métissage, ses amalgames raciaux, la manipulation des masses et l’irresponsabilité des média vis-à-vis de la diffusion de la violence... Thriller dénué du moindre cadavre, si l’on excepte une ébauche de plan d’attaque fantasmée en montage parallèle, Inside Man ne propose certes aucune solution au problème, mais pose un constat sombre, celui d’une Amérique tellement ancrée dans sa barbarie historique qu’elle serait prête à accepter l’inacceptable, voire même à en rire à pleines dents. D’un sympathisant nazi ayant bâti son empire sur les richesses des juifs déportés dans les camps, à une banquière déplaçant des montagnes pour débloquer un prêt au neveu de Ben Laden, de journalistes parvenant à précéder la police sur la scène d’une prise d’otages, à un gosse noir s’amusant à dézinguer des "niggers" à la grenade sur sa console portable, le tableau est grinçant, et pointe dans sa ligne de mire les ramifications les plus taboues des intérêts du gouvernement. Une dénonciation en forme de cri étouffé, en filigrane d’un long-métrage sinon optimiste, en tout les cas réellement philanthrope.

© Paramount
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